Flexidry déconditionne les biodéchets alimentaires proprement et sans eau

Article paru dans le Bioénergie International n°38 de août-septembre 2015

Le FLEXIDRY de la Compostière de l'Aube, photo GreenCREATIVE

Le Flexidry de la Compostière de l’Aube, photo GreenCREATIVE

La tremie de chargement du Flexidry, photo CREATIVE

La trémie de chargement du Flexidry, photo CREATIVE

Depuis 2008, de plus en plus de projets de méthanisation voient le jour en France dans le secteur agricole. Cela permet aux agriculteurs de valoriser beaucoup mieux les déjections et les déchets de cultures de leur exploitation. Cependant, même si le plan gouvernemental pousse à développer cette filière, les résultats économiques positifs sont parfois difficiles à obtenir.

De plus en plus de journées entre professionnels du secteur sont organisées afin d’échanger sur les bonnes pratiques et afin de trouver des pistes d’amélioration. L’une des dernières en date, organisée par le pôle IAR et le cluster Biogaz Vallée à Beauvais le 3 juillet 2015, faisait ressortir des problématiques communes fortes :
• Une formation de l’exploitant souvent sous-estimée,
• Des équipements très énergivores découlant sur des coûts d’exploitation élevés,
• Des déchets entrants pollués par des corps étrangers nécessitant des maintenances trop fréquentes et non budgétisées et un digestat trop pollué pour trouver un bon débouché,
• Un manque de sécurisation des approvisionnements en déchets pour les installations de plus de 500 kW.

Biodéchet extrudé en sortie du FLEXIDRY, photo GreenCREATIVE

Viennoiseries extrudées de leur emballage en sortie du Flexidry, photo GreenCREATIVE

Parallèlement, il faut avouer que les conditions règlementaires et économiques ne sont pas entièrement réunies pour que la filière se développe aussi bien qu’en Europe du nord, du moins en attendant les conditions du nouvel arrêté tarifaire à venir.
La nécessité de valoriser les biodéchets

Depuis 2012, le Grenelle 2 oblige les gros producteurs de biodéchets à valoriser leurs biodéchets par compostage ou par méthanisation. D’ici début 2016, tous les producteurs de plus de 10t/an seront concernés, ce qui va de la cantine à l’industriel agroalimentaire. Ainsi des solutions de traitement doivent être trouvées localement pour une multitude de producteurs. Or les solutions sont pour l’instant très mal réparties sur le territoire français et de nombreuses aberrations apparaissent comme par exemple transporter des déchets humides sur plus de 400 km pour pouvoir les déconditionner et les méthaniser.

« Aujourd’hui, nous donnons nos invendus alimentaires en priorité à des associations caritatives avec lesquelles nous avons des conventions. Mais certains invendus ne sont plus consommables (produits abîmés…) et nous sommes obligés d’avoir une alternative répondant aux exigences de la réglementation. Et actuellement, il y a peu de solutions locales pour accepter nos déchets, d’une part car ils sont conditionnés et d’autre part car une partie de nos déchets est classée sous-produits animaux. Certaines zones géographiques comme le pourtour méditerranéen manquent cruellement de capacités de traitement des biodéchets. » explique Marc Murray, responsable environnement de Carrefour.

FLEXIDRY, un outil local pour l’économie circulaire

Emballages non déchiquetés en sortie du Flexidry, photo GreenCREATIVE

Emballages non déchiquetés en sortie du Flexidry, photo GreenCREATIVE

GreenCREATIVE, une start-up fondée en 2010 et dédiée à la commercialisation de produits innovants dans le domaine du traitement des déchets, propose, depuis quelques mois, une solution pour mieux valoriser ces biodéchets. Cofondée par Rémi Gomez et Lucile Noury, deux jeunes gadzarts, la société fabrique des bio-déconditionneurs dans son atelier de la région Île de France. L’originalité de la démarche a été de partir d’une feuille blanche pour répondre à la thématique « Comment déconditionner du biodéchet sans eau et en obtenant une soupe organique propre ? ».

En effet aujourd’hui, de nombreuses soupes organiques sont refusées par les méthaniseurs agricoles, ou même industriels, à cause de la présence trop importante d’indésirables.

« Le FLEXIDRY, produit 100% français, est la première machine de déconditionnement de biodéchets sans utilisation d’eau. Au vu de la pureté exceptionnelle du substrat organique obtenu à sa sortie, les biodéchets peuvent ainsi être valorisés via la méthanisation», commente Lucile Noury. Cette machine sépare l’aliment de son emballage et cela pour tous types de déchets sans recours à aucun procédé de broyage, ce qui évite de fractionner l’emballage.

Le procédé fonctionne au travers de trois technologies brevetées :
• Le perçage pour ouvrir l‘emballage,
• Le laminage pour extraire le produit,
• Le brossage pour nettoyer l’emballage.

« Nous gardons pendant toutes ces étapes la cohérence de l’emballage afin d’avoir la meilleure qualité de soupe pour un déconditionnement sans eau. De plus, la force du déconditionneur FLEXIDRY est de rester simple et proche de systèmes agricoles pour être autonome au maximum. » commente l’inventeur du FLEXIDRY, Rémi Gomez.

« Cela va permettre aux producteurs de biogaz de pouvoir mieux maîtriser la qualité des soupes organiques et de répondre aux demandes des acteurs locaux en matière d’élimination de ce type de biodéchets » explique Lucile Noury.

« Deux installations ont été mises en service cet été en France et laissent présager de belles perspectives au vu des résultats» ajoute Lucile Noury.

Lucile Noury et Rémi Gomez devant le Flexidry, photo GreenCREATIVE

Lucile Noury et Rémi Gomez devant le Flexidry, photo GreenCREATIVE

Témoignage d’une plateforme de compostage & méthanisation

La plateforme de la Compostière de l’Aube est l’un des premiers sites à avoir investi dans cet outil. La plateforme valorise environ 25000 tonnes de déchets verts, de boues d’épuration et de biodéchets par an en compost. Ce choix en faveur du FLEXIDRY est lié en particulier à un projet d’investissement dans la méthanisation qui verra le jour d’ici quelques années. Cela permet aux porteurs de ce projet d’anticiper et de sécuriser les gisements de la région.

Dès 2012, cette plateforme détenue par des agriculteurs a apporté une solution aux biodéchets par le compostage. Les agriculteurs avaient mis en place une machine récupérée du secteur agricole pour extraire le maximum de matière organique. Cependant, comme l’explique le gérant Serge Ninoreille, « Le compost que nous obtenions correspondait bien à la norme NU 44051 mais avec une forte présence de morceaux indésirables. Nous ne pouvions pas mettre une telle qualité de compost sur les terres. C’est pour cela que nous avons investi dans le FLEXIDRY qui promettait une matière organique avec moins de 0,2% d’inertes sur matière sèche en sortie. Et le résultat est là et ceci sans eau ! Cela nous permettra à termes de produire un digestat propre et de générer moins de problème de maintenance avec notre digesteur».

FLEXIDRY sur le site de la Compostière de l'Aube, photo GreenCREATIVE

FLEXIDRY sur le site de la Compostière de l’Aube, photo GreenCREATIVE

La plateforme devrait valoriser 1500 tonnes de biodéchets cette année pour arriver à un objectif de 5000 tonnes dans 5 ans. Le couplage de la méthanisation au compostage permettra de plus de valoriser économiquement deux fois le même produit.

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