L’impact du bois-énergie dans la lutte contre l’effet de serre

Le bois-énergie est considéré comme une énergie non émettrice de gaz à effet de serre (GES) car la quantité de CO2 émise par l’oxydation naturelle et la combustion de bois (le carbone « biogénique ») correspond à celle captée pendant la croissance de l’arbre. L’intensification des prélèvements de bois en forêt pourrait toutefois avoir un impact sur le bilan gaz à effet de serre de la filière forêt bois qu’il convient d’analyser à l’échelle nationale.

Forêt jurassienne vue du ciel, photo Frédéric Douard

Forêt jurassienne vue du ciel, photo Frédéric Douard

Cette analyse est d’autant plus importante car les nouvelles règles adoptées par l’Union européenne pour la 2ème période d’engagement du protocole de Kyoto (2013-2020), imposent de prendre en compte, dans la comptabilisation des émissions et absorptions de gaz à effet de serre vis-à-vis de l’objectif global de réduction d’émissions, les variations de stocks de carbone dans la forêt et les produits bois.

Afin d’éclairer cette thématique complexe, l’ADEME a mené une revue de la littérature scientifique et a réalisé une première évaluation de l’impact que pourrait avoir un accroissement des prélèvements en forêt pour un usage énergétique et matériau sur le bilan effet de serre de la forêt française et de la filière bois.

Résumé de l’avis

Le manque éventuel de séquestration de carbone en forêt est compensé par le stockage additionnel de carbone dans les produits bois et par les émissions fossiles évitées par la substitution énergie et matériau. Il y a un délai temporel, un « temps de retour carbone », nécessaire avant l’obtention de bénéfices en termes de gaz à effet de serre évités.

La période de temps de retour carbone – qui peut être considérée comme une « dette carbone » ou un « investissement carbone » – dépend des conditions du territoire (productivité des essences, type de sol, antécédents culturaux, risque d’événement extrême…), du type de gestion forestière (niveau de prélèvement, type de coupe, utilisation de techniques d’augmentation de la production…), de la répartition de la récolte entre les différents usages (matériaux, industrie, énergie) et de l’ampleur de la substitution énergétique et de la substitution matériau. Selon les hypothèses, la période de temps de retour carbone peut aller jusqu’à plusieurs décennies.

Le temps de retour carbone est d’autant plus court que l’usage du bois prélevé est optimisé. Ainsi, si la récolte de gros bois est uniquement destinée à la production d’énergie, sans risque avéré de dépérissement de ces arbres sur pied, le temps de retour carbone pourrait dépasser la centaine d’années. Ce dernier cas n’est toutefois pas représentatif de la situation française, où la filière bois énergie est principalement orientée par l’action publique sur des coproduits, sous-produits forestiers, connexes et produits en fin de vie de la filière bois matériau. En revanche, si l’on récolte, pour des fins énergétiques, du bois qui se serait de toute façon décomposé en forêt ou dans la filière (menu bois19, premières éclaircies, bois provenant de coupes faisant suite à des évènement extrêmes, bois récolté sans débouché dans la filière matériau, déchets, sous-produits et co-produits de la transformation du bois et produits en fin de vie), les bénéfices peuvent être attendus à très court terme.

Plusieurs travaux scientifiques, notamment étrangers montrent que, selon la ressource utilisée pour produire de l’énergie, les gains en matière d’émissions de gaz à effet de serre évitées par rapport à des sources d’énergie fossile peuvent être réalisables soit à court terme (10 ans) soit à moyen ou long terme (50 ans ou plus).

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