Le bois-énergie victime du syndrome « small is beautiful »

Editorial du Bioénergie International n°35 de janvier-février 2015

Je suis renouvelableAprès les propos négationnistes de Greenpeace Canada, qui affirmait en 2011, chiffres fantaisistes à l’appui, que le bois n’était pas un combustible renouvelable, aujourd’hui ce sont les Amis de la Terre France qui ressuscitent un autre vieux démon : le small is beautiful. Dans son magazine n°178 de décembre 2014(1), l’association titre ainsi : « Aspiré par des centrales géantes, le bois n’est plus écologique ».

Avec en ligne de mire la centrale bois de Gardanne, l’article se positionne d’entrée de jeu contre tout ce qui est grand ; il écrit ainsi « Ce développement massif de la filière bois-énergie remet en cause les fondements-mêmes qui la justifiaient : le bois peut-il encore être considéré comme une énergie écologique ? » La méthode de travail de ces organisations aux objectifs pourtant louables, est bien connue : susciter l’inquiétude voire la peur pour mobiliser les opinions.

Or parfois, les épouvantails sont si mal argumentés, que le message n’est même pas crédible. Et dans le cas de la biomasse, c’est récurrent. Comme en 2011, ces militants radicaux montrent leur grande ignorance du sujet : « En mai 2014, les Amis de la Terre Europe ont publié un rapport alarmant : il estimait qu’à l’horizon 2030, presque 40 % de l’espace productif forestier européen pourrait être mobilisé pour ce type d’usage ». Si ces militants connaissaient leur dossier, ils sauraient que les 40% avec lesquels ils veulent faire peur, sont déjà dépassés en France depuis fort longtemps. L’énergie est de très loin en France le plus gros débouché du bois(2). 40%, c’est par contre le pourcentage de bois qui est laissé à pourrir en pure perte chaque année en France !

L’art de la désinformation

Touchons du bois, dessin TommyLe magazine des Amis de la Terre écrit : « Fin 2013, la France comptait déjà 28 sites de production d’électricité à partir de cette biomasse solide, pour une puissance totale de 304 MW. » et il enchaine par « Mais quand on utilise la combustion du bois que pour produire de l’électricité, le rendement énergétique est médiocre, de l’ordre de 30 % », ceci pour laisser penser que les 28 centrales n’ont que 30% d’efficacité : mensonge car 100% des 28 sites en service en 2013 sont en cogénération, c’est à dire que la chaleur y est valorisée au mieux des possibilités du site.

L’organisation utilise par ailleurs des slogans pour choquer, tel celui-ci « Pour dix arbres coupés, trois seulement serviront vraiment à faire de l’électricité », faisant allusion au cas de Gardanne qui ne va très majoritairement produire que de l’électricité(3). Et l’article ajoute : « Le rendement net, prenant en compte l’énergie grise nécessaire à la production elle-même, ne serait même que de 18 % ». Ce chiffre, qui est déjà basé sur un rendement erroné (30 au lieu de plus de 40 à Gardanne) laisse entendre que l’énergie grise du bois déchiqueté serait pour Gardanne de 12 % (30 – 18), soit exactement 300 kWh par tonne de bois livrée en chaufferie : mensonge, c’est 4 fois plus que la réalité(4)!

Un dernier exemple d’affirmation fantaisiste : « les centrales à biomasse de Grande-Bretagne nécessitent 60 millions de tonnes de bois par an ». Sachant que les centrales britanniques à biomasse consomment majoritairement du granulé de bois, ces soi-disant 60 millions de tonnes représenteraient à eux-seuls près de 3 fois la consommation mondiale de granulés ! En réalité la consommation britannique a été de 3,75 millions de tonnes en 2013(5) … no comment !

Tout ceci démontre une immense légèreté et un grand amateurisme dans le travail documentaire et dans l’analyse des faits. Mais, pour en finir avec cette prose désopilante, ce même numéro de La Baleine, publie un article sur « La méthanisation, une bonne solution menacée par le gigantisme » : c’est décidément une obsession et c’est à se demander si l’idée même du succès des propositions écologistes et leur avènement sur la scène économique ne contrarient pas les écologistes radicaux, qui verraient ainsi leur lutte s’achever et les ZAD disparaitre. En tout cas, de tels discours irresponsables ne peuvent que discréditer les énergies renouvelables et renforcer les arguments de leurs opposants qui doivent être morts de rire !

Frédéric Douard, rédacteur en chef

Sources :

  1. www.amisdelaterre.org/La-Baleine-178-Les-pieges-verts-de,1756.html
  2. 9 millions de TEP, ça fait 36 millions de tonnes de bois et 50 millions m³ de grume, soit près de la moitié de ce qui pousse en France.
  3. Pour en savoir+, lire notre sujet sur Gardanne notre dossier en ligne : www.bioenergie-promotion.fr/38221/
  4. Energie grise maximale pour livrer une tonne de bois déchiqueté à Gardanne en flux tendu comme c’est prévu : 75 kWh par tonne exploitée et livrée, soit 3% du PCI livré ; calcul détaillé ci-dessous :
    • Débardage au porteur : 1,33 litres par tonne (20 tonnes/h à 15 l/h)
    • Déchiquetage : 1,45 litres par tonne (80 MAP/h à 35 l/h)
    • Transport distance maximale : 4,77 litres par tonne (22 tonnes x 300 km AR à 35 litres/100 km)
  5. Source Ekman & Co