La grande ambition du Nord-Pas-de-Calais pour l’injection de biométhane

Salle comble à Lille pour la journée du 3 octobre 2014 sur l'injection de biométhane, photo F. Douard

Salle comble à Lille pour la journée du 3 octobre 2014 sur l’injection de biométhane, photo F. Douard

Les 3 octobre 2014, les chambres de commerce et d’agriculture du Nord-Pas-de-Calais, associées à GrDF, avaient convié le 3 octobre 2014 dans la métropole lilloise toutes les personnes intéressées par la production et l’injection de biométhane. Et l’intérêt suscité par le sujet dépassa toutes les espérances puisque deux salles de la CCI dont une en vidéo-conférence durent être équipées pour recevoir les plus de 200 participants ayant répondu présent !

Philippe Vasseur décline les ambitions régionales, photo Frédéric Douard

Philippe Vasseur décline les ambitions régionales, photo Frédéric Douard

Le décors des ambitions régionales fut planté d’emblée par Philippe Vasseur, Président de la CCI régionale, mais aussi fondateur et président du Forum mondial de l’économie responsable (World Forum Lille) : la région souhaite devenir la première région pour l’injection de biométhane. Et Philippe Vasseur de rappeler la légitimité de cette ambition. C’est en effet à Sequedin près de Lille que la première unité d’injection de biométhane de France a été lancée en juillet 2011.Et Philippe Vasseur d’ajouter que la région dispose d’une densité de population exceptionnelle, d’une agriculture et d’une industrie agroalimentaire très dynamique et de surcroit d’un réseau de gaz naturel parmi les plus denses d’Europe avec 17 500 km sur les deux départements, desservant les deux tiers des 1500 communes de la région. Le Président de la CCI a rappelé bien sûr que cette initiative prenait toute sa place dans le cadre du grand projet régional de Troisième Révolution Industrielle, initié par la région avec le concours du célèbre économiste américain Jeremy Rifkin.

Jean-Bernard Bayard, Président de la chambre d'agriculture, photo Frédéric Douard

Jean-Bernard Bayard, Président de la chambre d’agriculture, photo Frédéric Douard

Le président de la Chambre d’agriculture, Jean-Bernard Bayard a rappelé par ailleurs que le territoire disposait encore de nombreuses friches industrielles à valoriser et disponibles pour des cultures énergétiques. Il a précisé également que l’agriculture régionale était déjà fortement imbriquée dans l’industrie agroalimentaire régionale et que cette habitude de travail faciliterait le montage de projets agro-industriels de méthanisation. Jacques Wyckaert, gérant de l’unité de méthanisation Agri Flandres Energies, a d’ailleurs témoigné en ce sens en expliquant qu’il avait contractualisé sur deux axes avec son voisin Bonduelle à Renescure : il lui achète des déchets de légumes et lui vend de la chaleur pour faire germer du soja.

Hervé Pignon, directeur régional de l'Ademe, photo F. Douard

Hervé Pignon, directeur régional de l’Ademe, photo F. Douard

Jean-Jacques Dubois de GrDF a quant a lui rappelé les ambitions de son entreprise à 2050, à savoir de transporter 75% de gaz « vert », du CH4 de stockage d’énergies renouvelables intermittentes, de l’hydrogène et bien sûr du biométhane. Il a également ajouté l’enjeu de mixer les différents réseaux énergétiques pour les rendre plus intelligents et moins coûteux. Il a enfin rappelé que le Nord-Pas-de-Calais bien que ne représentant que 2% du territoire national métropolitain, comptait à lui seul 10% des clients GrDF de France.

Hervé Pignon, directeur régional de l’ADEME a rappelé les objectifs de l’agence à 2050 en matière de biogaz : 11% de la part d’énergie renouvelable dont 20% en production pure de chaleur et de froid, 30% en cogénération t 50% en injection. L’injection est de fait la voie la plus efficace puisque 100% du combustible produit est rendu disponible à tous types d’usages et stocké dans le réseau. Il a signalé également que plus de 40 projets sont déjà identifiés dans le région, et que 80% de la ressource proviendrait des stations d’épuration des eaux, de l’industrie agro-alimentaire et de l’agriculture. Enfin, il a rappelé que les objectifs du facteur 4 à 2050 (réduction par 4 des émissions de gaz à effet de serre) restaient tout à fait réalisables et qu’ils étaient même l’élément clé pour réduire les tensions sur les approvisionnements énergétiques, à même d’en réduire les coûts et de réduire tout simplement les tensions à l’échelle mondiale. Rappelons que la feuille de route biogaz de l’ADEME à 2030 prévoit 30 TWh de biométhane injectés dans les réseaux au niveau national.

Christophe Evrard, Agriopale, qualifié de meilleur développeur de projets de la région, photo Frédéric Douard

Christophe Evrard, Agriopale, qualifié de meilleur développeur de projets de la région, photo Frédéric Douard

Christophe Evrard, développeur chez Agriopale, a quant à lui salué ces discours très offensifs, lui qui se bat depuis des années pour sortir deux projets de méthanisation sur la côte d’opale. Il a cependant relativisé la bonne humeur générale en déclarant que la méthanisation ne se décrétait pas et qu’il faudrait le concours de tout le monde pour avancer, et en particulier pour ce qui est des procédures administratives pour lesquelles les porteurs de projets attendent le choc de simplification annoncé avec le dossier unique.

L’après-midi a été consacrée à la visite de trois sites d’injection :

  • Le CVO de Sequedin (Métropole lilloise)
  • Biogaz Pévèle à Wannehain
  • L’installation en construction du SYMEVAD à Hénin-Beaumont
CVO de Lille-Sequedin, photo Lille Métropole

CVO de Lille-Sequedin, photo Lille Métropole

Philippe Vasseur a clôturé la matinée en donnant rendez-vous à l’auditoire pour le lancement du plan injection régional le 12 février 2015 à Arras, un plan dont le nom de code pourrait être « Biométhane Europe », une dénomination forte de résonances en région.

Frédéric Douard, en reportage à Lille

Données pour le Nord – Pas de Calais : une terre fertile pour l’émergence d’unités de méthanisation 

Agriculture 

La surface agricole représente 67 % de la surface totale des deux départements, et elle est cultivée à 99 % par près de 17.000 chefs d’entreprise à la tête de leur exploitation. L’agriculture est le premier employeur de la région avec près de 80 000 emplois directs et indirects.

L’industrie agro-alimentaire

Les industries agroalimentaires sont très présentes et diverses dans la région, couvrant l’intégralité des activités de la filière au niveau national (sauf le vin). Elles sont liées d’une part aux bassins de production agricole et d’autre part à la proximité portuaire en particulier de Dunkerque (acheminement aisé lié aux nombreuses infrastructures maillant le territoire régional). L’industrie agroalimentaire régionale est au premier rang des régions françaises en termes d’exportations (12,5 % des ventes nationales), et au troisième rang en matière de chiffre d’affaires. (9,1 milliards d’euros, soit 6,6 % du chiffre d’affaires national).

Un réseau de gaz naturel qui devient vecteur d’énergies renouvelables

Le réseau de gaz naturel exploité par GrDF en Nord – Pas de Calais est l’un des plus denses de France. 970 communes sont desservies en gaz naturel. Cela représente plus de 17500 km de réseau et 1.050.000 clients raccordés soit plus de 80% de la population.

De nombreux projets à l’étude

Actuellement, une vingtaine de projets d’unité de méthanisation de toute origine (industrielle, agricole, intercommunale…) est à l’étude dans la région. Après le Centre de Valorisation Organique de Sequedin, 3 sites dont deux en construction viennent renforcer la quantité de biométhane qui sera produite et injectée dans le réseau.

Deux unités sont en cours de construction

  • Pré du Loup Energie à Cucq (Agriopale – 62) – origine agricole
  • L’Unité Tri Valorisation Matières et Energies (TVME) – SYMEVAD à Hénin-Beaumont (62) – origine déchets ménagers

Une unité sera mise en service en fin d’année

  • Biogaz Pévèle à Wannehain (59) – origine agricole