Comment l’Allemagne peut parvenir au 100% électricité renouvelable

kombikraftwerk_02Article de Marc Théry paru dans la Lette d’information Territoires Energéthiques de aout 2014 sous le titre « Électricité 100% renouvelable : l’Allemagne sait en détail comment elle peut y parvenir ». 

Ce mois d’août a vu la parution du rapport final de l’étude Kombikraftwerk, engagée depuis 2007 par un ensemble de dix grands instituts de recherche et entreprises allemands. Ce n’est pas un plan d’actions, mais l’étude très approfondie d’un scénario tout à fait plausible, qui prend en compte à la fois tous les paramètres et contraintes, mais également des objectifs très ambitieux en matière de résultats : la stabilité locale de l’approvisionnement d’électricité, dans les limites de variations normatives (en tension, fréquence et phase), la capacité à redémarrer après un incident majeur, pour un système de production très disséminé etc. L’étude a procédé, sur la base de plusieurs expérimentations à grande échelle en cours sur des territoires allemands, à une simulation numérique très fine de l’ensemble du système électrique national, en prenant en compte de nombreuses années de données météorologiques.

Est notamment traité le problème constitué par l’éloignement d’une partie importante de la production (éolien offshore dans les mers nordiques, éolien terrestre des régions nord) et des points de consommation qui ont plutôt tendance à se localiser au sud du pays. Une nouvelle infrastructure, comportant des lignes de transport et des installations de stockage, vient réaliser l’adaptation entre le système de production et la nébuleuse de la consommation, dont le nuage est plus ou moins dense selon les régions.

Le Kombikraftwerk (centrale électrique combinée) est un concept consistant dans l’association d’installations de production diversifiées et disséminées, de points de consommation et d’installations de stockage d’énergie, gérés par un système d’information intelligent (de type smartgrid).

Comment le scénario de l’étude traite-t-il la question du stockage, qui est une des nouveautés-clé en réponse au problème de l’intermittence ? Trois types de dispositifs sont prévus :

  • Des batteries d’accumulateurs, disposées sur 1/3 des installations PV domestiques, à raison de 2 kWh par kW installé. Ceci représente 55 GWh au total.
  • Dans les régions qui s’y prêtent, des stockages hydrauliques par pompage/turbinage.
  • Dans les autres régions et en complément, des installations de conversion de l’électricité en gaz.

Il ne nous est pas possible de donner ici plus qu’un tout petit aperçu de cette étude remarquable et très encourageante, contrebattant notamment tous ceux qui claironnent qu’il n’est pas possible d’alimenter un grand pays industriel à 100% par l’électricité d’origine renouvelable. Ce dernier tableau fait le bilan énergétique annuel des diverses productions et consommations, et du stockage.Organisation Kombikraftwerk

On notera que l’éolien terrestre compte pour 35%, le PV pour 20% et les stockages pour 5%. L’éolien offshore ne compte que pour 18%. Ce nouveau système va bien sûr nécessiter d’énormes investissements, sur les trente prochaines années, qui ne sont pas chiffrés dans ce rapport technique. Mais, pour faire une comparaison, le simple remplacement de la capacité nucléaire française, tel qu’inscrit dans le projet de loi de transition énergétique (plus de 60 GW), sans aucune autre modification de système, ni prise en compte des coûts de démantèlement, va coûter plus de 300 Mrds d’Euros.

Il y a peu de chances que vous trouviez dans vos médias habituels, même spécialisés, de comptes-rendus de cette étude, tout d’abord parce qu’elle est en allemand, langue délaissée chez nous, et les Allemands n’ont aucune raison de faciliter sa diffusion. Notons que, depuis sa parution, elle fait l’objet de nombreux articles dans les médias internet anglo-saxons. Mais la principale raison de ce black-out est sans doute que, chez nous, c’est bien connu, le débat sur la transition a déjà eu lieu (?), que nous avons un projet de loi de transition énergétique (comment transiter en rond, en donnant l’impression qu’on avance ?). Il serait donc très mal venu de donner l’impression qu’on est peut-être passé à côté de quelque chose, ce qui pourrait empêcher de continuer à massacrer notre potentiel éolien terrestre, dont on voit l’importance dans le futur mix énergétique allemand. Dormez tranquilles, les « experts » et les technocrates parisiens pensent pour vous, avec le soutien actif des lobbies industriels !

Pour en savoir plus : www.kombikraftwerk.de (en allemand).Marc Théry

Marc Théry, dans la Lette d’information Territoires Energéthiques de aout 2014
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