2004–2014, la décennie qui a démocratisé le granulé de bois en France

Editorial du Bioénergie International n°30 de Mars-avril 2014

La plus ancienne usine de granulation de bois en France encore en activité, aujourd'hui SOFAG, photo Frédéric Douard

La plus ancienne usine dédiée à la granulation de bois en France encore en activité, aujourd’hui SOFAG, photo Frédéric Douard

1974-2014 : cela fera cette année 40 ans que l’on produit du granulé de bois en France, comme dans un certain nombre d’autres pays. Cette production s’est lancée spontanément lors des deux premiers chocs pétroliers, à l’initiative de pionniers à la recherche d’alternatives modernes et écologiques de chauffage. En France, ce sont des coopératives ou des entreprises agricoles qui ont été les premières à produire des granulés de bois, car elles possédaient l’outil de production. Il a cependant fallu attendre le début des années 80 pour voir apparaître les premières usines totalement dédiées à cette activité. À cette époque, on granulait sans distinguer toutes les essences de bois facilement disponibles sur le territoire : le résineux bien sûr chez Cogra 48, Cogranal et Cogr’Alp par exemple, mais aussi surtout du feuillu, du châtaignier chez Grasasa ou du chêne chez Cogra Doubs, Cengrador et Alpha Luzerne.

Mais il a fallu attendre le troisième choc pétrolier en 2004 pour que la filière prenne vraiment son envol, un envol spontané, sans politique de soutien, uniquement mû par la pertinence du combustible aux yeux des consommateurs, un phénomène également observé en Italie quelques années auparavant. Ce développement n’était pas désiré en France par les milieux économiques, car il allait battre en brèche la gratuité des ressources en déchets de bois. D’ailleurs, les autorités françaises de l’énergie, affirmaient encore, à l’occasion du salon BOIS ENERGIE de mars 2004, organisé par l’ITEBE à Lons-le-Saunier, que cette filière n’avait aucun avenir, ironie de l’histoire, trois mois seulement avant le début du décollage de la filière : nombre de professionnels s’en souviennent. Quel manque de vision dira-t-on. À l’époque, les utilisateurs industriels de sciure s’alarmaient de la concurrence à venir de cette filière. Pourtant, dès 2004, il était déjà évident que la sciure n’était pas le maillon faible, puisqu’il n’y en aurait de toute façon jamais assez. Pour preuve, aujourd’hui, plus de la moitié des granulés français sont fabriqués avec du bois broyé.

En 2004, la production française n’était que de 50 000 tonnes et il n’y avait que quatre producteurs vraiment actifs. Dix ans après, ils sont plus de 100 et 2014 sera l’année du million de tonnes produites sur le territoire ! Troisième producteur européen derrière la Suède et l’Allemagne, la France devrait logiquement prendre la tête du classement dans les toutes prochaines années, notamment au regard des facteurs favorables de sa disponibilité en ressource et de sa forte consommation intérieure.

D’un marché totalement confidentiel, il y a dix ans, nous sommes passé à la vitesse lumière à une situation où presque personne aujourd’hui n’ignore ce qu’est le granulé de bois. Il a colonisé non seulement toutes les boutiques de chauffage, les distributeurs de combustibles mais aussi presque tous les magasins de bricolage, de jardinerie et d’agriculture. Et en cette année 2014, ce sont les GRANDS de la distribution qui affichent les couleurs du granulé biocombustible, les enseignes combustibles de E. Leclerc et Total, signe que la démocratisation de nos petits cylindres de bois est en passe de se parachever.

Pour reprendre la célèbre formule de clôture du non moins célèbre ancien chroniqueur de France Inter Philippe Meyer, lors de ses chroniques matutinales, « Nous vivons une époque moderne, le progrès fait rage ! »

Frédéric Douard

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1 réponse
  1. 22 juillet 2014

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