La Thiérache, territoire producteur de plaquettes bocagères
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Bocage d’Avesnois-Thiérache avec charmes têtards, photo Frédéric Douard
La Thiérache est une région naturelle située sur les contreforts occidentaux du massif ardennais. Elle est partagée entre trois régions françaises (Nord-Pas-de-Calais, Picardie, Champagne-Ardenne) et deux provinces belges (Hainaut et Namur). Pays de bocage depuis plus de deux siècles, son paysage a été façonné par la production laitière destinée à la fabrication de beurre et du célèbre fromage Maroilles.
L’énergie au secours du bocage
Ces dernières années les prairies ont régressé au profit des terres labourables, les exploitations agricoles se sont agrandies et la mécanisation s’est développée. La Thiérache, pays de bocage, voit donc son paysage menacé. En plus de ses atouts environnementaux, la haie a également une valeur économique et énergétique. Le bois des haies a été utilisé pour le chauffage.
Ce gisement est utilisé par des agriculteurs regroupés dans une association : l’Atelier Agriculture Avesnois Thiérache. L’AAAT accompagne les agriculteurs depuis 1984 dans des actions de préservation et de promotion du territoire local du verger cidricole, valorisation des produits locaux, maintien de la haie) et s’est spécialisé dans le suivi de la filière bois-énergie.

Bocage de l’Avesnois-Thiérache avec charmes têtards, photo Frédéric Douard
Depuis la forte hausse du pétrole en 2004 et l’affirmation de la volonté politique tournée vers un développement durable, les actions et missions de l’AAAT envers la valorisation de la haie ont confirmé tout leur intérêt. Plus que jamais, le bocage est un capital culturel, écologique et économique à préserver et à valoriser. La production de plaquettes bocagères s’inscrit donc clairement dans une démarche de développement durable et contribue à l’entretien des haies et du paysage.
Une ressource importante de bois bocager
Le bocage de Thiérache est composé de plusieurs types de haies, permettant la lutte contre l’érosion, le maintien de la biodiversité et la rétention d’eau. Elles se distinguent par leur hauteur et par la taille des essences :
- Les haies basses sont taillées sur 3 côtés chaque année ou tous les 2 ans et composées d’essences supportant des tailles répétées : épineux, arbustes…
- Les haies hautes arborescentes peuvent atteindre plus de 5 m de haut selon les fréquences de taille et sont composées également d’épineux ou d’arbustes.
- Les haies hautes arborées peuvent atteindre 12 à 20 m de haut et sont constituées d’arbres de haut jet (charme, frêne, saule, merisier).
- Les arbres têtards ce sont souvent des charmes, mais aussi des saules, voire des chênes ou des frênes, étêtés tous les 10 à 12 ans, et conduits en alignements, seuls ou en haies hautes arborées. Ils donnent son identité unique au bocage de Thiérache.

Le linéaire de haies a été estimé à plus de 6000 km dont 3500 km de haies hautes et arbres têtards, utilisables pour la production de plaquettes bocagères. Les chantiers réalisés avec les agriculteurs de l’AAAT ont permis d’enregistrer les données de production de biomasse de ces haies, avec une fréquence de prélèvements raisonnables tous les 10-15 ans :
- 12 kg de bois / mètre linéaire / an pour les haies arborées
- 8 kg de bois / mètre linéaire / an pour les haies arborescentes
Le potentiel de la ressource bocagère est donc d’environ 35 à 38 000 tonnes / an, ce qui permettrait d’alimenter 1500 chaudières de 50 kW et de chauffer de 15 000 à 18 000 personnes. Cette ressource est inégalement répartie sur le territoire : les cantons limitrophes de l’Avesnois, de Wallonie et des Ardennes ont un potentiel de production supérieur.
| Quelques repères énergétiques |
|---|
| 1 km de haie de Thiérache correspond en moyenne à une production annuelle de : |
| 17 stères de bois |
| 30 m³ de plaquettes de bois vertes |
| 26 m³ de plaquettes à 25% d’humidité ou 6.5 tonnes |
| 2340 litres de gazole soit 2,2 tonnes équivalent pétrole |
Un réseau de chaudières et de plateformes de proximité
La création d’une filière bois-énergie en Thiérache a été évoquée par l’AAAT dès le début des années 90. Les agriculteurs ont ainsi démontré la pertinence de leur projet en s’investissant dans l’organisation de la filière : installation de chaudières à plaquettes, achat du matériel nécessaire au déchiquetage, mise en place de lieux de stockage. Les premières chaudières alimentées par des plaquettes bocagères ont été installées au début des années 2000, par les agriculteurs eux-mêmes.
L’AAAT, interface entre producteurs et consommateurs
L’association gère aujourd’hui le réseau de plateformes et assure ainsi la structuration de la filière.
- Chaque année, l’agriculteur producteur de plaquettes bocagères, disposant d’une plateforme de proximité, signale à l’AAAT la quantité disponible à la vente.
- Les clients (particuliers, collectivités, entreprises) s’adressent à l’AAAT pour leurs commandes de plaquettes.
- L’atelier identifie les plateformes de proximité les plus proches disposant d’une quantité suffisante de plaquettes.
- Les agriculteurs livrent le client.
- La facturation de l’acheteur est réalisée par l’association.
Le tonnage annuel de plaquettes bocagères commercialisées, donc hors autoconsommation par les producteurs, est en constante augmentation pour atteindre aujourd’hui les 350 tonnes. Le réseau de plateformes de proximité permet de raccourcir la distance entre offre et demande de plaquettes bocagères, contribuant ainsi à un développement local faiblement consommateur d’énergie.
Témoignage de Didier Halleux, associé du GAEC de la Fontaine Orion à Haution
« Le GAEC de la Fontaine Orion est une exploitation laitière avec une production de Maroilles à la ferme. Nous avons fait le choix d’installer une chaudière à plaquette en 2006. L’objectif était de couvrir les besoins en chauffage et eau chaude pour la fromagerie, la salle de traite/laiterie et la maison d’habitation, en valorisant notre propre production de bois bocager.
Nous disposons de 11 km de haies avec de nombreuses plantations depuis 20 ans. En 2011 nous avons broyé 300 m linéaires de haies pour couvrir nos propres besoins et approvisionner 2 chaudières collectives. Notre production annuelle est d’environ 270 m³ de plaquettes bocagères : 130 m³ pour l’exploitation (soit une économie de 11 000 litres/an de fuel), 70 m³ pour les 2 autres chaudières à plaquette qui équipent les maisons d’habitation des associés et 70 m³ pour les contrats de commercialisation. L’objectif prioritaire est la couverture des quantités autoconsommées puis la vente de l’excédent, tout en préservant le potentiel.

Chantier sur charmes têtards, photo AAAT
La plaquette bocagère est une source d’énergie propre, renouvelable et économe, en temps et en argent : sa production est plus rapide et plus simple que le bois bûche et l’alimentation de la chaudière est automatisée. Aucun investissement en matériel n’a été nécessaire puisque l’épareuse est en CUMA et la déchiqueteuse appartient à une entreprise de travaux agricoles ou à l’AAAT. La seule difficulté est l’estimation du potentiel et de la valorisation du bois de nos haies. Le volume nécessaire au stockage n’est pas un problème avec les bâtiments du GAEC et le séchage ne nécessite aucune intervention.
Avec le renchérissement des cours du pétrole et une ressource en bois bocager importante sur le territoire, nous pensons que les plaquettes de bois ont de l’avenir en Thiérache. Malgré un surcoût à l’achat, les chaudières biomasse sont encore subventionnées et le retour sur investissement est assuré après plusieurs années. »
Un bilan très positif
En juin 2013, le territoire compte 80 chaudières alimentées en plaquettes bocagères, pour une puissance cumulée de 4300 kW, dont 14 chaufferies non agricoles. Ces chaufferies consomment chaque année 2100 tonnes de plaquettes, ce qui correspond à la valorisation de 320 km de haie (10% du potentiel).

Chantier de déchiquetage, photo AAAT
Depuis 2006, l’AAAT propose également des contrats d’approvisionnements à ses clients, et s’appuie sur un réseau de 22 plateformes agricoles de proximité. 40 agriculteurs sont aujourd’hui impliqués dans la production de plaquettes bocagères, et de nombreux autres souhaitent s’engager. Ainsi, l’offre de plaquettes bocagères est prête à s’accroître dès lors que la demande augmentera.
Cette augmentation de la demande se fera préférentiellement par la mise en place de chaudières par les collectivités locales, mais également via la Société Coopérative d’Intérêt Collectif (SCIC) Picardie Energie Bois. Celle-ci a été créée afin de fédérer tous les producteurs de plaquettes de Picardie, pour qu’ils puissent répondre de manière coordonnée à la demande en combustibles des chaufferies de collectivités territoriales supérieures à 200 kW. La participation de l’AAAT à la SCIC permettra à l’association d’avoir accès à de nouveaux débouchés.
Françoise Gion, Atelier Agriculture Avesnois Thiérache
03 23 97 17 16 – contact@3a-thierache.fr – www.3a-thierache.fr
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