Les cultures énergétiques, maillon principal de la transition énergétique allemande

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Wildpflanzenmischung des FNR-Förderprojekts

Les 22 et 23 octobre 2013 s’est tenu, à Berlin, le 4ème Symposium sur les cultures destinées à la production d’énergie. L’objectif de l’évènement était de faire l’état des lieux de la problématique du domaine en Allemagne et en Europe, mais aussi de réunir les acteurs majeurs de la recherche et de l’industrie afin de discuter de la situation actuelle et de l’avenir des cultures énergétiques, dans le but d’apporter aux décideurs politiques des recommandations. La bioénergie est l’élément majeur du bouquet énergétique allemand. Elle joue, à ce titre, le rôle principal dans la transition énergétique vers une plus grande part de production énergétique issue de sources renouvelables. Actuellement en Allemagne, les plantes destinées à un usage énergétique sont cultivées sur 2 millions d’hectares. Les discussions du symposium ont principalement porté sur l’efficacité des systèmes d’exploitation, l’adaptation des cultures aux contraintes environnementales, ainsi que sur la question de l’acceptabilité sociétale de telles cultures face aux défis de la production alimentaire.

Le 4ème Symposium sur les cultures destinées à la production d’énergie était organisé par le ministère fédéral de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Protection du consommateur (Bundesministerium für Ernährung, Landwirtschaft und Verbraucherschutz, BMELV). Il s’agit du ministère fédéral chargé de la politique agricole et de l’alimentation. L’évènement a réuni plus de 200 participants. Les intervenants étaient issus du milieu académique, d’instituts de recherche, de centres de formation, d’agences gouvernementales, ou encore des médias. Une présentation d’une sélection de projets financés par le BMELV et par l’agence chargée de la gestion durable des ressources naturelles (Fachagentur Nachwachsende Rohstoffe, FNR) a également eu lieu.

L’enjeu de la transition énergétique

Suite à la politique énergétique instaurée en 2010 et 2011, le gouvernement allemand a établi une feuille de route sur le long terme pour son concept de transition énergétique. Il a également créé un fonds pour une gestion durable des ressources, de l’énergie et du climat. Ce fonds est doté d’un budget de 60 millions d’euros pour 2013, dont 10.6 millions dédiés à la bioénergie.

Les principaux objectifs de la politique énergétique sont :

  • Réduire de 40% les émissions des gaz à effet de serre d’ici 2020.
  • Atteindre 60% d’énergie renouvelable dans le bouquet énergétique de 2050 et 80% en production électrique.
  • Détecter et rénover les bâtiments les plus énergivores
  • Diversifier les sources énergétiques utilisées par le secteur des transports

Les statistiques 2012 montrent que la part des énergies renouvelables est en moyenne de 12% dans le bouquet énergétique fédéral, dont, 23% dans la production électrique, 10% pour le chauffage et 5% pour les carburants. Le secteur des énergies renouvelables a reçu plus de 19.5 milliards d’euros d’investissement en 2012. Le secteur totalise aujourd’hui plus de 380.000 travailleurs. De plus, grâce à ces investissements, l’Allemagne a évité l’émission de 142 millions de tonnes de dioxyde de carbone, liées à la production conventionnelle d’énergie.

La biomasse, issue de l’agriculture et de la sylviculture allemandes, représente 66% des 314 TWh produits par les énergies renouvelables. Elle est la composante essentielle de la réussite de la transition énergétique. Cependant, la culture de la biomasse énergétique est sujette à de nombreux débats, notamment à cause du fait qu’elle entre en compétition pour des surfaces agricoles fertiles qui peuvent être destinées à l’alimentation ou au fourrage.

Les cultures à usage énergétique

Les cultures à usage énergétique concernent des plantes nécessitant peu d’entretien et dont la récolte est réalisée à faible coût. La biomasse est utilisée pour fabriquer des biocarburants, comme le biodiesel. Cette biomasse peut être aussi transformée en biogaz, ou encore incinérée pour la production d’électricité ou de chaleur. Ces cultures sont généralement des graminées (blé, miscanthus), des herbacées (maïs), des fabacées (soja), des astéracées (tournesol) des euphorbiacées (jatropha) ou encore des ligneuses dans le cas de la sylviculture (saule, peuplier). Si la teneur en sucre de l’espèce est élevée, la récolte est généralement utilisée pour la production de bioéthanol (betterave ou canne à sucre). La production de biogaz est également une activité qui prend de l’ampleur car les installations de méthanisation permettent d’inclure de nombreux déchets verts issus des activités agricoles.

En Europe, les pays les plus actifs dans ce type de cultures sont la France, l’Allemagne, la Pologne, et la Hongrie, avec un total de 26 millions d’hectares en 2010. A titre comparatif, la Russie et l’Ukraine auraient à leur disposition 110 millions d’hectares de cultures à usage énergétique.

En Allemagne, près de 2 millions d’hectares de surfaces agricoles ont été dédiées aux cultures à usage énergétique en 2012. Cependant, le total des surfaces théoriquement disponibles pour les cultures à usage énergétiques serait de 4 millions d’hectares.

Le problème de l’acceptabilité par le public

Les obstacles actuels au développement de la bioénergie issue de l’agriculture sont la compétition pour les sols avec les cultures alimentaires, ainsi que les freins imposés par les associations de défense de la nature, qui considèrent ces cultures dommageables pour les sols (humus), les aquifères, ainsi que pour la biodiversité.

Afin de faire face à cette opposition, le gouvernement a émis plusieurs propositions :

  • Renforcer et diversifier les efforts de recherche dédiés aux espèces végétales énergétiques.
  • Développer ces cultures en accord avec les principes du développement durable.
  • Réaliser un important effort de communication, afin d’affirmer le rôle majeur de ce type de culture dans la transition énergétique et de rassurer le public sur les conflits potentiels avec la production de ressources alimentaires.

Les améliorations ciblent principalement les rendements, tout en optimisant l’usage des sols. Par ailleurs, des études devraient permettre d’identifier des surfaces non utilisables pour les cultures alimentaires, mais disponibles pour la production de bioénergie. Aussi, des améliorations dans les processus de transformation devraient permettre de limiter la production de matières résiduelles et de valoriser les déchets de la biomasse, voire de les recycler en fin de chaîne.

Le potentiel de la production bioénergique en Allemagne semble élevé. Cependant, le développement de ce potentiel se heurte à un certain nombre d’oppositions, principalement sociétales. Il est donc nécessaire d’arriver à un compromis sur ce sujet, car cet effort de production de biomasse énergétique est l’un des piliers de la politique allemande de transition énergétique. Un nouvel élan pour la culture de plantes à usage énergétique est également attendu dans le cadre de l’élaboration de la prochaine politique agricole.

Origine : BE Allemagne numéro 633 (31/10/2013) – ADIT – www.bulletins-electroniques.com