La forêt française, une belle endormie

Synthèse d’une note stratégique rédigée par l’Institut Choisel

Forêt française, photo Frédéric Douard

Avec 16,3 millions d’hectares boisés couvrant près de 30 % du territoire métropolitain (auxquels il faut ajouter les 8,3 millions d’hectares de la seule forêt guyanaise), la France est le quatrième pays le plus boisé de l’Union européenne. L’accent mis ces dernières années sur la valeur environnementale des écosystèmes forestiers a fait passer au second plan, au moins sur la scène médiatique et politique, l’intérêt socio-économique de la filière bois. Pourtant, son rôle est loin d’être négligeable dans l’économie française. Dans son ensemble, en incluant la distribution, la filière emploie près de 450 000 personnes, soit 2,5 % de la population active ou encore deux fois le nombre d’emplois du secteur de la construction automobile.

Malgré des relances de la filière bois, maintes fois annoncées au cours des trente dernières années et prometteuses en termes de créations d’activité et d’emplois, la filière bois française ne flambe pas. Sa part dans le PIB (0,7 %) est inférieure à celle de l’ensemble de l’Union européenne, et plus significatif moindre que celle de l’Allemagne (1 %), dont le couvert forestier est plus faible et le PIB plus élevé. De fait, la filière accuse un déficit commercial de 6,1 milliards d’euros en 2012, soit près de 10 % du déficit de la balance commerciale française et plus du tiers hors énergie. Si les échanges de grumes affichent un solde positif, toutes les activités de transformation et de fabrication du secteur aval, à l’exception notable de la tonnellerie, fleuron du savoir-faire traditionnel français, sont en déficit.

Le Grenelle de l’environnement en a bien pris conscience, érigeant la gestion durable de la forêt comme le pilier d’une nouvelle politique de développement économique et social qui vise à faire sortir la filière bois de sa torpeur. Cette stratégie est résumée en une formule : « produire plus de bois, tout en préservant mieux la biodiversité : une démarche territoriale concertée dans le respect de la gestion multifonctionnelle des forêts ». Récemment, des progrès importants ont été accomplis dans le déploiement d’une politique de gestion raisonnée. Ceux-ci découlent pour l’essentiel de la généralisation de la certification, qui ressort à la fois comme une assurance dans la lutte contre le  réchauffement climatique et le déclin de la biodiversité et comme un moteur de la relance de la filière bois française.

Cette mobilisation soutenue en faveur de ce modèle de gestion durable ne peut être considéré comme une surprise. En une quinzaine d’années d’existence, les « écolabels » ont apporté la preuve de leur pertinence. Leur mode de gouvernance, qui associe professionnels et acteurs de la société civile, a permis de créer une dynamique forte d’amélioration continue de la gestion forestière dans un esprit de dialogue constructif, basé sur la recherche du consensus et la prise en compte des préoccupations environnementales croissantes. En quelques années, la certification est ainsi devenue un atout compétitif majeur pour la filière bois, en réponse à l’intérêt de la société civile pour une consommation éthique et à la mobilisation de la communauté internationale en faveur d’une gestion raisonnée des forêts.

Au delà de l’aspect exclusivement environnemental, elle est également un modèle de développement socio-économique responsable ; par exemple, le programme PEFC prévoit l’obligation de contractualisation entre l’exploitant et le propriétaire forestier, afin d’améliorer les chantiers d’exploitation. Malgré sa jeunesse, ce mode de gouvernance est considéré aujourd’hui comme l’un des principaux facteurs de réussite, actuelle et surtout future, de la gestion durable de la forêt française. Celui-ci doit encore être renforcé notamment par la mise en œuvre de trois mesures complémentaires : l’accompagnement au renforcement de l’exploitation des petites propriétés forestières qui, trop souvent, sont laissées à l’abandon ; l’instauration d’une TVA réduite sur les écoproduits pour en renforcer l’attrait ; l’obligation enfin faite à l’État, aux collectivités et aux divers autres acteurs de s’approvisionner pour leurs besoins propres, en bois et en papier issus prioritairement de forêts gérées durablement et certifiées comme telles.

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