France, 2 milliards d’euros pour 1000 méthaniseurs à la ferme en 2020

Conformément à la feuille de route établie à l’issue de la Conférence environnementale de septembre 2012 qui prévoit la préparation d’un plan national biogaz et dans le prolongement du projet agro-écologique lancé en décembre 2012, Stéphane LE FOLL, ministre de l’agriculture, et Delphine BATHO, ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie, ont présenté le 29 mars 2013 le plan énergie Méthanisation Autonomie Azote (EMAA).

L’azote, un des quatre éléments chimiques principaux constitutifs de la matière vivante, est une matière première indispensable à l’activité agricole. Ainsi, l’agriculture contemporaine s’est notamment construite sur les moyens de répondre aux besoins azotés des cultures et des animaux (fertilisation, nutrition animale…) et l’ensemble des systèmes de culture sont raisonnés sur des besoins en azote. Mais, sous certaines formes et dans certaines conditions, l’azote est source de pollutions : émissions de protoxyde d’azote qui contribuent à l’effet de serre, émissions d’ammoniac sources de particules dégradant la qualité de l’air, lessivage de nitrates impactant la qualité de l’eau.

La gestion de la fertilisation azotée est une problématique importante, aussi bien d’un point de vue économique, de par son coût et l’objectif de production qui lui est lié, que d’un point de vue environnemental. On constate par ailleurs qu’il existe en France un déséquilibre entre territoires : alors que certains doivent faire face à des excédents d’azote organique, en particulier sous forme d’effluents d’élevage, d’autres ne disposent pas de telles ressources et s’appuient quasi exclusivement sur des engrais minéraux. Ce déséquilibre est également structurel, l’azote organique présent dans les sous-produits des exploitations est souvent sous-exploité, tandis que la dépendance des exploitations aux engrais minéraux reste forte.

La méthanisation à la ferme est une des solutions permettant de conserver l’azote contenu dans certains sous-produits de l’exploitation et de l’exporter à condition que les digestats bruts fassent l’objet de post-traitements permettant leur transport et leur valorisation. Au-delà de la gestion de l’azote, la méthanisation à la ferme contribue à répondre aux enjeux environnementaux et énergétiques de notre pays et s’inscrit ainsi pleinement dans la transition énergétique engagée pour, entre autres, augmenter significativement la production d’énergies renouvelables.

Le plan EMAA comporte deux volets complémentaires, « Azote » et « Méthanisation – Biogaz », dont l’intersection est l’objectif de valorisation des digestats :

  • gérer l’azote dans une logique globale sur les territoires, en valorisant l’azote organique, en particulier celui issu des effluents d’élevage, et en diminuant la dépendance de l’agriculture française à l’azote minéral. Cette logique repose sur une plus grande autonomie des exploitations, que ce soit en termes d’alimentation des animaux ou en termes de recours aux engrais de synthèse. Le plan EMAA doit ainsi permettre de limiter les pertes en azote, notamment par une diminution des apports totaux en azote dans les territoires où ils sont en excédent et, dans une certaine mesure, de substituer l’azote minéral par l’azote organique, sur place et ailleurs. Ce plan s’inscrit dans une démarche agronomique fondée sur le respect de l’équilibre de la fertilisation et la réduction globale du recours aux intrants ;
  • développer un « modèle français de la méthanisation agricole » pour faire de la méthanisation agricole collective de taille intermédiaire un complément de revenus pour les exploitations agricoles, en valorisant l’azote et en favorisant le développement de plus d’énergies renouvelables ancrées dans les territoires, dans une perspective d’agriculture durable et de transition énergétique et écologique. L’objectif est de développer en France, à l’horizon 2020, 1000 méthaniseurs à la ferme, contre 90 à fin 2012. Arnaud Montebourg, ministre du redressement productif, apporte son concours au plan EMAA pour les chantiers clefs que sont la structuration et la consolidation de la filière française de méthanisation et le soutien à l’innovation ainsi que le financement des projets.

INDICATEURS DE SUIVI ET D’ÉVALUATION DU PLAN

Sur le volet « azote »

  • Caractérisation de la réduction du recours à l’azote minéral par le suivi des ventes.

Sur le volet « méthanisation »

  • Nombre et caractérisation (puissance, plans d’approvisionnement, structure…) des projets et des mises en service de méthaniseurs utilisant de la biomasse agricole.
  • Suivi des dossiers d’homologation de digestats.
  • Développement d’entreprises et création d’emplois dans la filière de production d’équipements de méthanisation.

CHIFFRES-CLÉS
A fin 2012, on comptait environ 90 installations de méthanisation à la ferme en France. Depuis 2011, l’on a constaté environ 70 nouveaux projets d’installations par an. L’objectif affiché nécessite le développement d’environ 130 nouveaux projets par an entre 2013 et 2020, soit une augmentation d’environ 80 %par rapport au rythme d’émergence de nouveaux projets actuellement observé. Origine des apports d’azote en France :

  • engrais de synthèse : 2 110 000 t/an
  • effluents d’élevage 1 820 000 t/an
  • boues de station d’épuration et composts : 21 000 t/an
  • fixation symbiotique : 500 000 t/an (80 % en provenance des légumineuses des prairies permanentes et 10 % des cultures de luzerne).

Pour en savoir plus sur le PLAN EMAA :

Frédéric DOUARD

Frédéric DOUARD : rédacteur en chef du magazine Bioénergie International, animateur du Portail francophone des bioénergies. Pour me contacter : fdouard arobase bioenergie-promotion.fr

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