Emissions de particules fines par le chauffage au bois en France, enfin une étude sérieuse !

Éditorial de magazine Bioénergie International N°18 de mars 2012, paru sous le titre « Particules fines, ne nous trompons pas de cible ! »

La pollution de l'air des campagnes françaises par les particules fines est inférieure aux valeurs des normes européennes, photo Frédéric Douard

Depuis une vingtaine d’années, des études sur la qualité de l’air, et en particulier sur les quantités de particules fines dans l’atmosphère, ont montré du doigt le chauffage au bois comme l’un des principaux responsables. Il serait cependant honnête de reconnaître que bon nombre de ces études ne rassemblaient pas les compétences de leurs affirmations et que leurs conclusions toujours unanimes pouvaient parfois entretenir le doute sur leur partialité.

En cette fin février 2012, l’Ademe a rendu publique une étude réalisée en 2009 et 2010 dans neuf villages répartis sur l’ensemble du territoire français. Ce programme inédit, nommé Particul’Air, a été réalisé en partenariat avec le CNRS, un laboratoire universitaire, et 8 associations de surveillance de la qualité de l’air (AASQA). Il s’agissait d’évaluer les niveaux de particules dans l’air des zones rurales. La méthodologie scientifique mise en place, le sérieux des organisations elles-mêmes, et l’autocritique qu’elles font des limites de leurs résultats, permettent de considérer ce travail comme la première étude sérieuse sur le sujet, en tout cas pour ce qui concerne les émissions liées à la biomasse. Cette étude nous apporte deux grands enseignements.

Le principal enseignement est général sur l’ensemble des sources d’émissions et montre que les niveaux de particules, d’hydrocarbures aromatiques polycycliques et de métaux lourds, mesurés entre 2009 et 2010 dans les zones rurales françaises, sont inférieurs aux normes européennes sur la qualité de l’air, à l’exception d’un site situé en fond de vallée alpine. Hors, c’est précisément dans ces zones rurales que le chauffage au bois est le plus répandu.

L’autre enseignement montre que 18% de la masse des particules aurait comme origine la biomasse, et non pas des valeurs beaucoup plus extravagantes comme on a pu en lire par le passé. Le rapport montre que les émissions attribuées à la biomasse sont principalement hivernales, d’où leur attribution aux chauffages à bois, dont les villages choisis pour l’étude sont particulièrement pourvus. Une enquête IPSOS a justement permis de préciser l’usage du bois de chauffage dans le secteur résidentiel, qui peut représenter jusqu’à 50% des foyers sondés pour le chauffage principal, jusqu’à 24% pour le chauffage d’appoint et jusqu’à 14% pour le chauffage d’agrément. Par ailleurs, l’enquête a montré qu’une très faible proportion d’appareils performants au niveau des rejets était utilisée.

Le brûlage de biomasse à l'air libre engendre des quantités de polluants jusque 1 000 à 10 000 fois plus importantes par unité de biomasse consommée, que les chauffages à bois, photo Frédéric Douard

On voit clairement ici que le problème réside dans le niveau de technologie du parc et que le remplacement des appareils vétustes est bien la clé de la réduction des émissions, et non pas l’arrêt du bois-énergie en bloc comme certains aiment à l’affirmer. Et j’irais même plus loin en invitant les labels existants à évoluer vers des performances d’utilisation réelle des appareils, et non pas seulement vers des performances affichées de manière nominales en laboratoire.

Enfin l’étude reconnait que la part des choses est encore difficile à faire sur l’origine des particules. Il importera en effet de pouvoir un jour identifier les quantités qui proviennent effectivement de la biomasse, mais pas de la voie chauffage. Car de très grandes quantités sont émises par les incendies et par le brûlage à l’air libre, et sont aujourd’hui comptabilisées en même temps que celle du chauffage au bois. Or, ces phénomènes engendrent des quantités autrement plus importantes de polluants que les chauffages à bois, jusque 1 000 à 10 000 fois plus par unité de biomasse consommée ! Alors autant, il est légitime de faire la chasse aux appareils de chauffage vétustes, autant cette mesure ne sert à rien si dans le même temps on laisse perdurer des pratiques pourtant interdites.

>> Le rapport de l’étude Particul’Air est téléchargeable sur le site de l’ADEME Buldair (PDF – 5,7 Mo)

Frédéric Douard, rédacteur en chef, Bioénergie International

1 réponse
  1. 7 février 2014

    […] Particules fines, ne nous trompons pas de cible ! […]