Produire du biodiesel sans produire de glycérine grâce à la lipase

http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/67665.htm

Usine pilote de Séneca Green catalysis à Córdoba

Les biocarburants sont sujets à de nombreuses polémiques quant à leurs avantages environnementaux. Le premier réflexe est de penser aux différentes conséquences sur l’usage des sols de ces cultures énergétiques, mais on pense moins souvent aux conséquences des procédés de transformation qui permettent d’obtenir le biocarburant. En effet, pour obtenir du biocarburant à partir des huiles végétales il faut faire appel à des réactions chimiques qui produisent elles aussi leur part de sous-produits non désirés.

La réaction permettant d’obtenir du biocarburant est une réaction d’estérification qui consiste en la transformation des triglycérides (constitués par la glycérine et les acides gras) en biodiesel par contact avec du méthanol. Afin d’accélérer la réaction, de la soude caustique est ajoutée comme catalyseur. Cette réaction produit pour chaque molécule de triglycéride, trois molécules de biodiesel et une molécule de glycérine, composé mortel pour les moteurs. Afin d’évacuer la glycérine du biocarburant, de grandes quantités d’eau sont utilisées, qui ressortent contaminées par l’hydroxyde de soude utilisé dans la réaction.

Une multitude de laboratoires à travers le monde se sont donc attelés à rechercher un processus alternatif et plus écologique à la production de biodiesel. Parmi eux, se trouve le département de chimie organique de l’université de Cordoue, qui a publié en juillet une solution au problème dans la revue Catalysis Today. La proposition des chercheurs andalous est de substituer la soude caustique par la lipase, un catalyseur biologique. La lipase est une enzyme présente chez pratiquement tous les êtres vivants.

La nouvelle réaction chimique produit, pour chaque molécule de triglycéride, deux molécules de biodiesel et une molécule de monoglycéride qui possède des propriétés similaires au biodiesel et qui est inoffensive pour les moteurs. L’article de Catalysis Today précède en partie les résultats qui seront publiés dans la thèse doctorale du chercheur Cristóbal Verdugo, dirigé par les professeurs Diego Luna et Enrique Sancho. Selon le professeur Diego Luna qui dirige cette équipe, le nouveau biocarburant n’est pas seulement plus écologique mais est aussi compétitif.

Dans un premier temps, les chercheurs avaient réalisé l’expérience avec de la lipase pancréatique de porc, c’est d’ailleurs avec ce composant qu’ils ont breveté leur découverte, cependant le coût élevé d’obtention du produit n’était pas adéquat pour une production à échelle industrielle. La validation du procédé à partir de lipase employée pour la fabrication du pain, un produit accessible et bon marché rend possible une utilisation à grande échelle de cette nouvelle technique. La Spin off de l’université de Cordoue  » Séneca Green catalysis  » a d’ailleurs déjà testé la capacité productive de cette nouvelle combinaison à l’échelle d’une usine pilote et une production commerciale est prévue sous peu.

Origine : BE Espagne numéro 107 (15/09/2011) – Ambassade de France en Espagne / ADIT – http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/67665.htm