Les exportations de coproduits du bioéthanol-maïs américain en danger

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Les DDGS (Dried Distillers Grains with Solubles) sont des coproduits des végétaux utilisés pour la production d’éthanol par l’industrie des biocarburants. L’industrie agricole américaine a effectué, au cours des dernières années, une promotion massive des DDGS à travers le monde.

En novembre 2008, le U.S. Grains Council les décrivait comme une opportunité clé pour le commerce avec la Chine. Il s’agit en effet de produits commerciaux stratégiques dans un pays où l’augmentation de la consommation protéique a entraîné l’accroissement de la production domestique de viande. Les importations de ces denrées ont augmenté de près de 5 fois entre 2009 et 2010 alors que les ventes de maïs et coproduits exportés en Chine ont atteint le milliard de dollars. Des estimations du secteur privé montrent que la Chine aurait importé près de 3 millions de tonnes de DDGS en 2010 comparé à 640.000 tonnes en 2009. Face à ces importations record, le gouvernement chinois a annoncé le 28 décembre 2010 l’ouverture d’une enquête anti-dumping concernant les exportations américaines de DDG.

Le ministre du commerce chinois chercherait à mettre en évidence des preuves de dumping en lien avec le commerce de DDGS, entre juillet 2009 et juin 2010. Cette enquête est également susceptible d’être élargie afin d’identifier si ces importations ont été préjudiciables à l’industrie chinoise entre 2007 et juin 2010. La fin de l’enquête est prévue pour le 28 décembre 2011, mais, selon le ministère chinois elle pourrait même, sous certaines circonstances, être étendue à juin 2012.

Selon un analyste du Shanghai JC Intelligence, le gouvernement va probablement se concentrer sur des périodes durant lesquelles d’importants volumes importés concurrençaient les prix domestiques. En milieu d’année 2010, les importations de DDGS valaient de 300 à 400 Yuan chinois (CNY) (soit entre 35 et 47 euros) par tonnes de moins que les DDGS domestiques.

A ces mesures « anti-dumping » s’ajoute les inquiétudes du gouvernement chinois au sujet des produits agricoles génétiquement modifiés (GM) en provenance des Etats-Unis. Ainsi, en novembre 2010, les autorités de quarantaine chinoises ont rejeté un cargo américain contenant 54.000 tonnes de maïs génétiquement modifié provenant d’une variété non autorisée, selon Cofco Ltd., le plus grand commerçant de graines en Chine. La Chine est également un gros importateur de soja, avec environ 60% des exportations américaines qui y sont acheminées. En revanche, durant la dernière décennie le géant asiatique n’aurait importé que des quantités symboliques de maïs provenant des Etats-Unis. Mais en 2010, la Chine est devenue un importateur massif de maïs américain, acheminant 1,5 millions de tonnes de graines.

Les DDGS sont vues par les producteurs de maïs des Etats-Unis comme un moyen détourné de traiter avec les hésitations chinoises pour l’achat de maïs GM, bien que la Chine n’ait manifesté aucune réserve de la sorte concernant le soja GM provenant des Etats-Unis. Les professionnels français sont également intéressés par l’approvisionnement en drèche de maïs éthanol destinée à la nourriture animale; la difficulté réside dans l’identification et plus précisément dans la possibilité de réaliser un tri entre les variétés de maïs GM autorisées et non autorisées par la réglementation européenne et qui seraient à l’origine de ces drèches pour la nourriture animale. Des discussions sont en cours avec les autorités pour tenter de mettre en place une procédure qui convienne aux deux parties;

Du côté des Etats-Unis, cet embargo chinois pourrait devenir une préoccupation majeure en 2011 et notamment pour les 40 industries d’éthanol de l’Iowa. L’Iowa possède en effet le plus grand nombre d’usines de production d’éthanol du pays et produit environ 1/3 de l’éthanol national. Pour ce type d’industrie la vente des DDG constitue un important soutien face à la volatilité des prix des marchés. Typiquement, une usine de production d’éthanol tire jusqu’à 30% de ses revenus des ventes de DDG. On peut également noter qu’en 2010, une autre denrée américaine exportée vers la Chine, le poulet, a fait l’objet de mesures « anti-dumping ».

Il est intéressant toutefois de noter que la décision du gouvernement chinois, en ce qui concerne les DDGS, fait suite à une décision de l’administration Obama de porter plainte auprès de la World Trade Organization contre ce qu’elle qualifie de dumping illégal de la Chine sur les produits du secteur des énergies éolienne et solaire. En effet, le 9 septembre 2010, la United Steelworkers union a adressé une pétition à l’administration Obama afin qu’elle examine les pratiques chinoises dans le cadre des technologies vertes en avançant que la Chine soutenait de manière injustifiée les industriels de l’éolien et du solaire du pays.

Origine : BE Etats-Unis numéro 231 (14/01/2011) – Ambassade de France aux Etats-Unis / ADIT – http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/65587.htm