Ethanol domestique à Madagascar:difficile de satisfaire les besoins

L’alcool tiré de la canne à sucre peut être destiné à fournir soit de l’éthanol domestique (qui servira à la cuisson, ou l’éclairage…), soit du biocarburant. Si l’on voulait vraiment accorder une place de premier plan à cette source d’énergie à Madagascar, sommes-nous capable d’en produire en quantité suffisante ?

En matière de production d’éthanol domestique, les besoins nationaux peuvent être énormes. Selon un spécialiste en matière de développement intégré, un calcul assez simple peut être fait sur la base des données suivantes : en partant du constat que 1 litre d’éthanol domestique suffit pour faire cuire les 3 repas quotidiens de chaque foyer, avec une consommation hebdomadaire de 7 litres, un foyer malgache consommera en moyenne, annuellement, 364 litres d’éthanol domestique.

Avec une population de 20 millions d’âmes et un effectif moyen de 5 personnes par foyer, on peut considérer qu’il y a environ 4 millions de foyers à Madagascar.

Si l’on considère que 50% seulement de ces foyers seront convaincus d’utiliser de l’éthanol domestique (l’autre moitié utilisera encore les traditionnels charbons de bois ou le bois de chauffe ou auront le moyen de s’offrir le gaz ou l’électricité comme source d’énergie domestique), il faudra produire de l’éthanol pour environ 2 millions de foyers. Autrement dit, on aura besoin, chaque année, de 728 millions de litres d’éthanol domestique.

Pour avoir une idée bien précise de la situation actuelle, il importe de connaître l’état de la plantation de canne à sucre. D’après les dernières statistiques disponibles auprès du Centre malgache de la canne et du sucre, « en tout et pour tout, il y a 8.140 ha plantés de canne à sucre dans le pays ».

En sachant que la moyenne nationale en terme de productivité est de 75 tonnes de cannes/ha, nous pouvons disposer de 610.000 tonnes de canne à sucre chaque année. Et comme 1 tonne de canne à sucre peut donner 53 litres d’éthanol domestique ou 100 kg de sucre (c’est selon ce qu’on voudra produire), cela donnera une production totale d’un peu plus de 32 millions de litres d’éthanol domestique par an.

Finalement, on est encore bien loin du compte. D’autant plus que nous avons considéré, dans nos calculs, les surfaces exploitées par les industries sucrières qui fonctionnent encore. Or ces dernières ne sont pas favorables, à l’avance, pour produire uniquement de l’éthanol domestique. Ce qui signifie que ce n’est pas pour demain que l’éthanol domestique satisfera les besoins des foyers en matière de cuisson, d’éclairage…

Ranaivo Lala Honoré

Source : Afrique Hebdo le 18 décembre 2010