Tensions sur les approvisionnements de bois-énergie en France, de quoi parle-t-on ?

Stock de dosses et délignures sur la plateforme de Gascogne Wood Products à Paleyrac, photo Frédéric Douard

Stock de dosses et délignures sur la plateforme de Gascogne Wood Products à Paleyrac, photo Frédéric Douard

Éditorial du Bioénergie International n°27 de octobre 2013

Très régulièrement, au travers de media non spécialisés, des messages maladroits, imprécis, voire inexacts sèment le doute quant aux capacités de la filière à mobiliser le bois-énergie nécessaire à l’alimentation des projets énergétiques en cours. Ce comportement n’est pas nouveau, et il y a 30 ans déjà, aux débuts du bois-énergie moderne, alors même qu’il n’y avait pratiquement pas de chaufferies automatiques en France, certains interpellaient déjà à tue-tête pour prédire que les chaudières manqueraient de bois ou que la forêt allait disparaître.

Plus sérieusement, rappelons que la forêt française est l’une des plus importantes de l’union européenne, et que parmi ces forêts importantes, c’est la moins exploitée de toutes. En effet, sur les plus de 1 00 millions de m³ de bois qui poussent chaque année dans le pays, 40% n’est pas récolté. Donc, il y a beaucoup de bois en France, même si bien sûr la totalité de ce qui pousse n’est pas récoltable.

Maintenant, pour qu’il y ait tension, sur les quantités et donc sur les prix, il faut que le différentiel entre quantité offerte et quantité demandée se rétrécisse. Les chiffres de l’offre et de la demande de ces 20 dernières années montrent quant à eux une absence totale de situation de tension. De 1991 à 2005, la consommation globale de bois-énergie en France a décru de 11 ,6 millions de tonnes équivalent pétrole à seulement 8,5 soit une chute de plus de 25% en 15 ans. Depuis cette date, la nouvelle conjoncture énergétique et les efforts importants pour (re)développer le bois-énergie, ont permis de revenir à une consommation de 9,86 M tep en 2011*. À ce rythme de croissance, si l’on considère par exemple que nous avons une réserve de 30 millions de m³ de croissance annuelle (sur les 40 existants), il faudrait plus de 20 ans pour commencer à rapprocher dangereusement l’offre de la demande
et commencer à générer une tension forte sur les quantités et donc sur les prix. En attendant cette échéance, quels sont les autres phénomènes à même de créer des tensions ?

Il y en a trois principaux : un concurrentiel, un structurel et un conjoncturel.

La tension concurrentielle apparaît lorsqu’un projet très important de bois-énergie côtoie géographiquement un ou plusieurs autres gros consommateurs de bois. Cette situation, négative pour les deux parties, est bien entendu à éviter, et c’est tout le rôle des plans d’approvisionnement territoriaux et des cellules départementales biomasse que de trouver des réponses intelligentes à ces situations.

La tension structurelle survient suite à une mutation rapide de la demande, par exemple une demande traditionnelle en bois bûches vers une demande en bois déchiqueté, avec forcément entre les deux des équipements et des méthodes de travail à acquérir, tant pour les vendeurs que pour les acheteurs. Ces tensions sont locales, voire régionales, et consécutives au montage de projets importants mais non concurrentiels, et qui durant quelques mois, voire quelques années vont perturber les habitudes, le temps que les professionnels s’organisent.

La tension conjoncturelle est une perturbation momentanée de l’offre, suite à une demande inhabituelle, généralement pour des raisons climatiques. Elle va être régionale voire nationale et pourra durer de quelques mois à un an ou deux, le temps que les stocks des entreprises se reconstituent. Et comme dernier exemple en date, nous avons la saison de chauffe 2012-2013, qui a exceptionnellement duré de 8 à 9 mois dans beaucoup de régions. Cette saison, exceptionnellement longue, a forcément eu raison des stocks des entreprises et nous en sentons encore les répercussions aujourd’hui. Il faut des mois, voire une année ou deux selon le climat de la période qui suit, pour rétablir la prédominance de l’offre instantanée sur la demande. Pour éviter de renouveler l’expérience trop souvent, il conviendra à l’avenir que les entreprises soient plus prévoyantes en stockant davantage, à l’image de ce qui se fait dans les autres filières combustibles.

Donc les tensions sur les approvisionnements en bois-énergie existent bien, mais restent aujourd’hui d’ampleurs raisonnables et gérables, dans la mesure où la ressource reste abondante, et le restera encore de nombreuse années.

Frédéric Douard, rédacteur en chef

* : en données corrigées des variations climatiques, source SOeS, d’après Ademe, Insee et Ceren

Éditorial du Bioénergie International n°27 de octobre 2013

1 réponse
  1. 7 février 2014

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